Justice Pénale des Mineurs: Quelles sont ses spécificités?

La Justice Pénale des Mineurs

La justice pénale des mineurs en France repose sur des principes distincts de ceux applicables aux majeurs. Elle allie protection, éducation et sanction. La législation cherche avant tout à favoriser la réinsertion sociale de l’enfant ou de l’adolescent en conflit avec la loi. Ce régime particulier est régi principalement par l’ordonnance du 2 février 1945, réformée en profondeur par la loi du 26 février 2021 instaurant le Code de la justice pénale des mineurs.

Ce code consacre le principe fondamental de la primauté de l’éducatif sur le répressif. Cependant, il permet aussi une réponse rapide aux actes de délinquance, tout en prenant en compte l’âge, la maturité et la situation personnelle du mineur. Le dispositif judiciaire est donc à la fois plus souple et plus protecteur que celui des adultes.

Des juridictions spécialisées

La justice pénale des mineurs est traitée par des juridictions dédiées: Le juge des enfants, le tribunal pour enfants et la cour d’assises des mineurs. Ces institutions disposent d’une compétence exclusive pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans.

Le juge des enfants intervient à la fois sur les aspects civils et pénaux. Il peut prononcer des mesures éducatives dès la première infraction, même en l’absence de jugement définitif. Le tribunal pour enfants est quant à lui compétent pour juger les délits et les crimes commis par des mineurs de moins de 16 ans. Enfin, la cour d’assises des mineurs traite les crimes les plus graves commis par des mineurs de plus de 16 ans.

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Âge de responsabilité pénale: À partir de quand un mineur peut-il être jugé?

Le droit français ne fixe pas un âge de responsabilité pénale absolu, contrairement à d’autres pays. Toutefois, la jurisprudence reconnaît que l’enfant devient pénalement responsable dès lors qu’il est capable de discernement. Ce discernement est souvent admis à partir de 13 ans.

La réforme de 2021 introduit néanmoins une présomption de non-discernement pour les mineurs de moins de 13 ans, ce qui limite fortement leur possibilité d’être poursuivis pénalement. Pour les mineurs plus âgés, les peines applicables sont toujours inférieures à celles encourues par les adultes, en vertu du principe d’atténuation de responsabilité.

Une procédure adaptée

La procédure pénale applicable aux mineurs prévoit une audience unique en deux temps: une audience sur la culpabilité suivie, plusieurs semaines plus tard, d’une audience sur la sanction. Ce système permet d’intégrer des mesures éducatives entre les deux phases et d’observer l’évolution du mineur.

Des mesures comme la réparation du préjudice, l’obligation de formation, la médiation ou l’interdiction de paraître dans certains lieux sont autant de dispositifs utilisés pour accompagner le mineur dans une démarche de réinsertion.

Responsabilité parentale: Quelles obligations pour les parents?

En matière de justice pénale des mineurs, les parents ont un rôle central. Leur responsabilité ne se limite pas à une présence morale ou affective, elle est aussi juridique et financière. Lorsqu’un mineur commet une infraction, ses représentants légaux peuvent être appelés à répondre civilement des dégâts causés aux victimes.

Obligation de surveillance

Le Code civil impose aux parents une obligation de surveillance et d’éducation. S’ils manquent à ces devoirs, ils peuvent être tenus pour responsables du préjudice causé par leur enfant. L’article 1242 du Code civil précise que les parents sont présumés responsables sauf s’ils prouvent qu’ils n’ont commis aucune faute de surveillance ou d’éducation.

Sanctions indirectes

Les parents peuvent aussi faire l’objet de sanctions indirectes. Ainsi, en cas de récidive ou de carence éducative avérée, le juge peut ordonner une mesure d’assistance éducative, voire le placement du mineur. Dans les cas extrêmes, le juge des enfants peut même suspendre ou retirer l’autorité parentale.

Par ailleurs, certaines aides sociales, telles que les allocations familiales, peuvent être suspendues temporairement si le comportement du mineur révèle un manque d’implication des parents dans leur rôle éducatif.

Conclusion: Une justice à la fois protectrice et responsabilisante

La justice pénale des mineurs illustre une volonté d’équilibre entre sanction et éducation. Elle repose sur des fondements juridiques solides et adaptés à la jeunesse, tout en impliquant fortement les parents dans le processus. Elle permet non seulement de traiter les actes délictueux, mais aussi d’offrir une seconde chance à ceux qui en ont besoin.

Cette approche spécifique s’inscrit dans le cadre du droit pénal et du droit de la famille, deux branches complémentaires du Droit qui s’entrecroisent autour de la notion de responsabilité – individuelle, éducative et parentale.

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